Par Marie Charbonniaud
Pour lui ou elle, c’est un jeu; pour vous, un véritable enjeu! L’alimentation amuse votre tout-petit par ses couleurs, ses textures, sa variété. De votre côté, vous vous inquiétez de son appétit ou vous négociez ses caprices. Pourquoi? Parce que vous savez que la qualité des aliments conditionne sa santé, actuelle et future.
Erreur no 1 : « Mon enfant ne mange rien, c’est un caprice! »
Tenir compte de son ralentissement de croissance
« La 1re année de vie est un exploit dans la vie du bébé : il triple son poids et double sa taille. La 2e année, sa croissance ralentit et l’enfant perd l’appétit. Ce ralentissement est normal et votre petit réduit spontanément son alimentation. C’est difficile à admettre pour les parents, qui ont tellement hâte de voir leur enfant manger! », explique Louise Lambert-Lagacé.
« Chaque enfant a des besoins propres à son métabolisme, sa taille, son poids. Contentez-vous d’offrir des aliments variés et de qualité. Votre enfant ira chercher tout ce dont il a besoin en respectant ses goûts et son appétit. »
Louise-Lambert Lagacé |
Retenir que l’enfant repère son niveau de satiété instinctivement
En plus, il s’autorégule : s’il mange peu ou s’il mange des aliments à faible teneur en énergie lors d’un repas, il mangera davantage ou choisira des aliments à teneur en énergie plus élevée au prochain repas. « Le plus gros défi se trouve donc du côté des parents : entendre ces signaux de satiété et arrêter de s’inquiéter », insiste la nutritionniste.
Accepter son désir d'affirmation
Pour le jeune enfant, manger est une activité parmi d’autres. Vers 2 ans ou 3 ans, il préfère apprendre à grimper, à sauter, à parler, à chanter, à devenir autonome... « Il peut se le permettre, puisqu’il a moins faim! » rappelle la nutritionniste. Ce « non-appétit » a donc une double dimension : en plus de transmettre le message du corps qui dit avoir moins besoin de nourriture, il donne à l’enfant un nouveau pouvoir. « Refuser des aliments lui permet d’exprimer sa faim d’autonomie. Il aimera un jour un menu qu’il refusera la fois suivante. Si on ne respecte pas cela, on brime sa capacité de prendre des décisions. On risque alors d’initier une relation malheureuse avec les aliments », poursuit-elle.
Erreur no 2 : « Je vais insister, car c’est pour son bien »
Toujours respecter son appétit
En d’autres termes, disent à l’unanimité les spécialistes, ne forcez pas votre enfant. Plus vous manifesterez votre inquiétude et vos exigences, plus il résistera. De plus, il risque de développer une mauvaise relation avec la nourriture, explique Louise Lambert-Lagacé. L'enfant mangera trop pour vous faire plaisir et obtenir votre affection, ou il refusera de manger s’il éprouve trop de pression ou se sent dévalorisé.
Pour les mêmes raisons, évitez le chantage aux desserts, conseille-t-elle. « D’ailleurs, le dessert, c’est idéalement un fruit ou un yogourt nature. Ce n’est pas une récompense en soi, ça fait partie d’un menu. Si votre enfant n’a pas faim pour le pâté chinois, il peut quand même avoir du yogourt nature ou un fruit, sans être pénalisé. Ce sont aussi des besoins. » En fin de compte, qu'il ait un appétit d’ogre ou d’oiseau, votre enfant trouvera son rythme : les tout-petits ne se laissent jamais priver de l’énergie dont ils ont besoin pour poursuivre leurs découvertes!
Les enfants de 2 ans et 3 ans devraient manger, en 1 journée : 4 portions de fruits et légumes, 3 portions de produits céréaliers, 2 portions de lait et substituts et 1 seule portion de viande ou équivalents. Puis, de 4 ans à 8 ans, ces portions passent respectivement à : 5 portions de fruits et légumes, 4 portions de produits céréaliers, 2 portions de lait et substituts et 1 seule portion de viande ou équivalents. 1 portion étant l’équivalent de ½ tasse environ |
Erreur no 3 : « Au pire, je lui donne ce qu’il demande, pourvu qu’il mange »
Garder le cap sur la qualité
« Certains parents s’inquiètent tellement de la quantité qu’ils en viennent à délaisser la qualité », remarque Louise Lambert-Lagacé. Pourtant, puisqu’il s’agit, le plus souvent, d’un manque d’appétit passager, mieux vaut focaliser sur la qualité et la variété, quitte à laisser l’enfant grignoter. « Ainsi, il découvrira ce qu’il aime à force de goûter aux différents aliments », explique-t-elle.
La nouveauté le rebute? C’est normal! « Avant de démissionner, il faut offrir un aliment au moins 10 fois à un enfant, pour lui laisser la chance de le découvrir vraiment », ajoute la nutritionniste. C’est ainsi qu’au CPE des Carrefours, les menus reviennent toutes les 5 semaines, pour laisser aux enfants le temps de s’habituer à un aliment. Enfin, inutile de demander à un tout-petit qui rechigne son choix entre 4 menus. Plus vous céderez à ses exigences, plus il se montrera difficile! Au contraire, cela le rassurera de voir que vous gardez fermement les commandes des menus.
Favoriser son appétit
Pour garder ouvert son appétit jusqu’au repas, voici quelques trucs utiles. Il est conseillé d’alléger ses collations (voir nos exemples de collations ci-contre) et de les offrir au moins 2 heures avant ou après le repas. « Certains parents considèrent que leur enfant ne mange pas. Or, lorsqu’on fait le bilan de la journée, on réalise qu’il a avalé tout ce dont il avait besoin en dehors des repas », note Louise Lambert-Lagacé.
Ensuite, évitez de servir du lait ou du jus en même temps que le repas. Un verre de jus (même pur) fournit 6 sachets de sucre et autant de calories qu’une boisson gazeuse; c’est un véritable coupe-faim! Tout comme le lait ou le pain. Donnez plutôt de l’eau au repas et du lait à la fin. Enfin, il faudra peut-être ajuster l’horaire du repas en soupant plus tôt. Pour Maude, ça a été le déclencheur pour que son fils, Ralph, retrouve son appétit. « Ce n’était simplement pas la bonne heure pour lui », convient-elle.
On améliorera facilement son alimentation en remplaçant : |
- le jus de fruits par un fruit, qui contient encore toutes ses fibres et autant de vitamines;
- vos céréales « blanches » par leur équivalent « brunes », c'est-à-dire, à grains entiers (le pain, les pâtes, le riz, le blé, etc.);
- le sucre par du sirop d’érable, de la mélasse ou du miel, des sucres « naturels »;
- le beurre et les huiles raffinées par des huiles végétales « première pression »;
- occasionnellement, la viande par du poisson, des légumineuses, du tofu ou des oeufs.
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Adapté du magazine
Volume 2, numéro 3
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Livres- Jouer à bien manger : nourrir mon enfant de 1 à 2 ans, Collectif, Éditions du CHU Sainte-Justine, 2006.
- La sage-bouffe de 2 à 6 ans, Louise-Lambert-Lagacé, Éditions de l’homme, 1984.
- Comment nourrir son enfant : du lait maternel au repas complet, Louise-Lambert-Lagacé, Éditions de l’homme, 2003.
- Le guide de l’alimentation saine et naturelle, Renée Frappier, Éditions Maxam, 1987.
- Du plaisir à bien manger, Nathalie Regimbal et Manon Valade, 2006.
- Lancé en collaboration avec plus d'une centaine de CPE, une nutritionniste offre aux parents et aux cuisinières de CPE « 80 recettes gagnantes », testées auprès des principaux concernés. À se procurer dans tous les CPE participants et sur le site Internet : www.duplaisirabienmanger.com
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